Crédits photo: Jean-François Demeules

La Bourse de Montréal, 140 ans d’histoire.

La première Bourse canadienne

Le 23 janvier 1874, la Bourse de commerce de Montréal (Montreal Stock Exchange) est incorporée. Premier établissement du genre au Canada, elle est créée à la demande de courtiers en valeurs mobilières de Montréal dont les activités sont en pleine croissance. Ceux-ci se spécialisent dans les actions et obligations de banques ou autres institutions financières, d’entreprises de transport maritime et ferroviaire, de compagnies minières ou gazières ou encore dans les titres gouvernementaux ou municipaux. Les courtiers bénéficieront désormais d’un local permanent et de règles bien établies de participation et de transaction.

La première année, une soixantaine de titres sont inscrits à la Bourse. Quoique peu nombreuses, ces actions et obligations attestent du développement des entreprises et des besoins de l’État. Les intérêts privés et publics commencent à se tourner vers le marché canadien pour financer leurs activités, s’émancipant ainsi de plus en plus du marché britannique et de la Bourse de Londres.

Des débuts au ralenti

En raison de la dépression économique de 1873 à 1879 et de la lenteur de la reprise, la Bourse de Montréal ne connait pas une forte croissance jusqu’au tournant du siècle. La quantité de valeurs inscrites stagne ainsi que le nombre de courtiers en exercice. Par contre, le nombre de transactions connaît une augmentation… tout comme le prix du siège. De 800 $ qu’il est en 1874, il passe à 12 500 $ en 1901. À cette époque, les francophones sont peu présents à la Bourse, sauf pour quelques exceptions notables dont Louis-Joseph Forget (1853-1911).

Une adresse prestigieuse

La reprise économique aidant, la Bourse de Montréal devient enfin, dans les années 1900 à 1914, la place d’affaires dynamique envisagée par ses initiateurs : un lieu où il est possible d’échanger des titres industriels, ferroviaires,  commerciaux, financiers et miniers d’entreprises de grande taille. Grâce à l’intervention de banques en forte expansion et de maisons de courtage en

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Ancien édifice de la Bourse de Montréal, 69 St-François-Xavier.
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pleine croissance, une série de fusions ou de réorganisations se concrétisent sur le parquet de la Bourse. Non seulement des titres deviennent-ils disponibles, mais des acheteurs institutionnels canadiens, telles les compagnies d’assurance ou les fiducies ou encore des individus fortunés entrent sur le marché local. Ils prennent la relève au moment où le marché britannique se ferme pour cause de Guerre mondiale. Ils réussissent, avec le marché américain, à absorber les émissions gouvernementales, notamment les emprunts de guerre, et les besoins en capitaux privés, surtout pendant la prospérité des années 1920.

En 1904, la Bourse de Montréal aménage dans un édifice prestigieux de la rue Saint-François-Xavier. Il importe d’affirmer le pouvoir économique de Montréal comme métropole financière du Canada. Les maisons de courtage se multipliant, un siège peut valoir jusqu’à 30 000 $ (1913). La pression s’accroît pour en augmenter le nombre.

Croissance accélérée, puis effondrement

Marquée par une prospérité grandissante et des activités boursières spéculatives, la décennie 1920-1930 voit une accélération de la croissance du courtage à Montréal. D’une cinquantaine de firmes vers 1914, le nombre s’élève à 250 en 1929, au moment de l’effondrement des marchés nord-américains (29 octobre). La panique des investisseurs et la Grande Dépression qui sévit par la suite entrainent des réformes des pratiques boursières sans réussir toutefois à relancer l’économie canadienne avant la Deuxième Guerre mondiale.

Le Montreal Curb Market

Parallèlement à la Bourse, se développe le Montreal Curb Market, un marché pour des titres spéculatifs de sociétés en émergence. Créé en 1926, ce marché constitue une sorte d’antichambre pour l’admission éventuelle de certains titres à la Bourse. En 1929, le Montreal Curb Market aménage dans un édifice adjacent à la Bourse puis devient, en 1953, la Bourse Canadienne avant de fusionner, en 1974, avec la Bourse de Montréal.

La concurrence de Toronto

À partir des années 1950, l’économie canadienne se déplace progressivement vers l’ouest. Montréal subit la concurrence de Toronto dont la Bourse, créée en 1878, menace puis dépasse celle de Montréal à titre de principale place financière du Canada. Dans ce contexte, la bourse montréalaise doit changer et s’adapter aux technologies modernes.

La Bourse se transforme

En 1965, la Tour de la Bourse est construite à la Place-Victoria. Son installation dans cet édifice de prestige et l’informatisation poussée de ses opérations marquent la transformation de la Bourse de Montréal.

Par ailleurs, l’organisme témoigne des mutations de la société québécoise, en pleine effervescence depuis le début des années 1960. Les maisons de courtage francophones se multiplient. Plusieurs d’entre elles, implantées au cours des décennies précédentes, ont atteint la maturité financière leur permettant d’assumer, seules ou en partenariat, les plus grandes opérations de financement de l’économie québécoise. Des sociétés d’État et des entreprises québécoises dynamiques y trouvent les capitaux nécessaires à leur expansion. En outre, diverses politiques fiscales incitatives (épargne-actions et actions accréditives) rendent les activités boursières accessibles à un plus grand nombre. La Bourse de Montréal est plus que jamais un instrument indispensable au développement économique du Québec.

La réorganisation des marchés financiers canadiens

Les défis se multiplient pour la Bourse de Montréal avec le décloisonnement des institutions financières qui provoque l’intégration des maisons de courtage aux banques et la diversification des instruments financiers. En 1999, au moment de la réorganisation des marchés financiers canadiens, la Bourse de Montréal doit céder le marché des actions à Toronto. En échange, elle obtient le marché des contrats à terme et des options qu’elle avait réussi à développer (instruments financiers dérivés). Mais l’éloignement tant physique que culturel des marchés financiers provoque la grogne des entreprises québécoises. Par contre, cette nouvelle vocation permet à la Bourse de Montréal de multiplier les innovations, tant pour les instruments d’investissement que pour l’informatisation des opérations à l’échelle internationale. En 2008, la Bourse de Montréal devient une composante du Groupe TMX qui intègre, dans une même entité corporative, les Bourses de Montréal et de Toronto.

Ainsi, après 140 ans d’existence, la Bourse de Montréal participe toujours au développement économique du Québec et du Canada.

Quelques photos des célébrations du centenaire en 1974.